L’origine des shanties

 

Les shanties sont des chansons de travail et ont été chantés à bord des grands voiliers. Une des raisons pour lesquelles ils sont apparus est la compétition économique que se livraient entre eux les grands voiliers (comme le Cutty Sark) dans la « course du thé »! Le travail devait être fait avec un équipage réduit et dans un temps plus court. Ils devaient donc coordonner leurs activités, comme lever l'ancre, la manœuvre des voiles ou rompre la monotonie du travail à la pompe.

Un manuscrit datant de l’époque du roi d'Angleterre, Henri VI (1421-1471) atteste que des marins chantaient pendant le travail. Cette ballade (probablement la plus ancienne en Europe) raconte l’histoire d’un navire de pèlerins partis de Bristol en Angleterre pour aller se recueillir sur la tombe de Saint Jacob à Santiago de Compostelle en Espagne.

Outre la coordination du rythme de travail, le shanty avait aussi une fonction sociale: Les marins ont pu exprimer leur opinion sur les situations à bord, comme la qualité de la nourriture ou la bassesse des officiers. Mais il contribuait surtout à améliorer la qualité du travail et de l'atmosphère à bord.

La plupart du temps, les shanties sont constitués de quatre strophes avec un court solo du shantyman (souvent l'un des marins) et auquel répondent les travailleurs. Le shantyman était choisi pour sa capacité à chanter d’une voix forte et claire des refrains rythmés. Il était parfois accompagné d'un tambour pendant les manœuvres pour hisser les voiles, relever une ancre ou pomper. Malheureusement aujourd'hui les shanties ne sont pas souvent accompagnés de tambours.Les shanties sont très présents de la période de 1820-1920 et peuvent avoir des origines très différentes (non seulement des chansons folkloriques en provenance des îles britanniques ou d'autres pays européens mais aussi des chansons d'esclaves en provenance des États-Unis du Sud, des Antilles ou du Canada français). On y perçoit également une forte influence de chansons folkloriques irlandaises, car de nombreux marins étaient d’origine irlandaise.

La plupart de ces chants sont menés en anglais, parfois en français, allemand ou néerlandais. Et surtout a cappella!

L'équipage, composé généralement d’hommes jeunes et forts, faisait les gros travaux sur le pont, dans le gréement et sur les chantiers. Les travaux dangereux, les intempéries, le froid glacial, les tempêtes et une nourriture très pauvre prenaient leur dû... Environ 60% des marins faisaient leur trou dans l’eau !Les shanties sont, on vient de l’évoquer, des chants qui accompagnent le travail à bord, mais il existe aussi des chants (plus communément appelés chants de marins) que les marins chantaient pendant les rares périodes de pause.

Assis sur le gaillard d’avant il chantaient la dure vie à bord ou la nostalgie de leur vie à terre. Beaucoup de chansons mélancoliques évoquent le chagrin des départs et les larmes de l’être aimé.

Ces chansons ont été souvent (20 ème siècle), accompagnées par des instruments comme le banjo ou l'accordéon. La diversité des manœuvres et des travaux à bord imprimait aux shanties des rythmes caractéristiques et différents. Par ailleurs, les manœuvres prenaient plus ou moins de temps, obligeant le shantyman à faire preuve d’humour et de talent d’improvisateur.Par conséquent, il lui fallait inventer de nouveaux couplets sur place!

Ces chansons évoquaient souvent les femmes, les chantiers navals, les tavernes, les sirènes et autres rêves de marin. Mais aussi la superstition, les tragédies ou les grandes aventures. Elles parlaient de la nostalgie et du désir pour un marin en mer d’un retour rapide à la maison où il jurera que plus jamais il ne reprendra la mer. Elles glorifiaient aussi parfois tel ou tel navire de guerre ou de course et bien sûr faisaient la part belle aux mauvaises conditions de vie à bord, la pénibilité du travail, la mauvaise cuisine ou le comportement injuste du capitaine

Avec la disparition des grands voiliers, supplantés par les bateaux à vapeur, les shanties ont été condamnés à disparaître. Beaucoup de chansons n'ont en effet pas survécues et se sont évanouies avec leurs compositeurs et chanteurs.

Heureusement, il existait en France, Suède, Allemagne, Royaume-Uni, Irlande, etc quelques vieux marins conscients de l’importance de cette mémoire chantée qui ont réalisé un vrai travail de collectage de ce qui constitue un inestimable patrimoine maritime. On peut citer par exemple le Commandant Armand Hayet ( Chansons de Bord -1927).

Parmi, tous ces gens à qui nous sommes redevables nous ne pouvons passer sous silence le plus important d’entre eux, l'Anglais Stan Hugill (1906-1992).

Il fut, le dernier shantyman en activité sur les grands voiliers. Il a recueilli et transcrit des centaines de shanties. Il publia notamment en1961 ce qui constitue aujourd’hui une bible pour tous les chanteurs "Shanties of the seven seas", qui est désormais un ouvrage de référence.

Au total il a produit 7 livres maritimes, et peint plus de 250 tableaux au cours de ses années de retraite.

Jusqu'à sa mort les shanties chantées et menées par Stan Hugill se faisaient entendre dans un style inimitable et authentique lors d’événements maritimes dans le monde entier.

Il a également donné des conférences sur la vie des marins et organisé des stages sur la façon de mener et d’utiliser les shanties.Sans ses recherches et tous les efforts qu'il fit, le monde des shanties aurait été bien différent.

Nous avons aux Pays-Bas, notre Stan Hugill néerlandais, Jan, le Président de la Amelander Shanty Choir Verbiest. Stan et lui étaient des amis proches

Malheureusement peu de shanties néerlandais ont été préservés. Certains ont été trouvés dans de vieux livres ou transcrits par les collecteurs de chants traditionnels. Les Pays-Bas ont perdu leur suprématie en tant que nation maritime au début du 19ème siècle à cause des guerres Napoléoniennes. De plus, il y avait moins de navires et le commerce par voie maritime se faisait plus rare. Par conséquent, un grand nombre de traditions et de chansons maritimes néerlandaises a disparu.

Mais après l'oppression Française, la flotte hollandaise s’est peu à peu reconstituée.

L’équipage de ces navires était toutefois souvent constitué de marins étrangers qui chantaient principalement en anglais, en allemand, en Français ou en une sorte d’espéranto maritime, le pidgin. Ce fut un frein à la création de shanties ou de chants de marins nouveaux néerlandais.

Les activités à bord sont plus efficaces et plus rapides quand on a à sa disposition un shantyman à bord. Généralement, comme on l’a dit, le shantyman était choisi pour ses capacités vocales et son sens du rythme.

Il n’exécutait pas les manœuvres à hisser lui-même, mais se tenait près de la poulie. Il n’accompagnait pas la manœuvre au cabestan en poussant avec les autres marins, mais se tenait assis sur le centre de celui-ci.

Un shantyman qualifié se constitue un énorme répertoire tout au long de sa vie de marin. Souvent, Il apprenait le métier par son père ou ses collègues en mer.

Le mot Shanty a été mentionné pour la première fois dans un manuscrit daté de 1850.

Il existe plusieurs théories sur l'origine du mot. Probablement le mot est venu du verbe anglais « to chant » signifiant psalmodier, scander.

L'importance d'un bon shantyman a été décrite par Stan Hugill dont la devise était

: "Un bon shantyman vaut quatre mains sur la corde".

Les shanties ont été introduits à bord des navires à voile au cours des années 70, 80 et 90 au 19e siècle. La plupart des paroles et des mélodies étaient d’origine terrestre issues des pays d'origine. Par exemple les paroles et les mélodies des chansons de soldats des guerres civiles aux Etats-Unis ont été adaptées pour en faire des shanties. De même, les anciens esclaves des champs de coton ont adapté leurs chants de travail et leurs spirituals sur les bateaux du Mississippi. “Sugar in the hold” or “Ned’s lament” par exemple, sont des shanties bien connus aujourd'hui. Ainsi presque toutes les chansons ont leur propre histoire et leur signification en référence à un pays et à une période.

Parce que les équipages étaient un mélange de marins venus de tous les coins du monde, il arrive que beaucoup de chansons ont été traduites et subies des transformations dans la mélodie et le texte.

Les shanties peuvent être divisés à peu près à deux grands groupes:

- Les chants adaptés aux dispositifs mécaniques tels que la pompe et le cabestan.

- Les chants de manœuvre des voiles et cordages.

Ils peuvent être définis en tant que "chants à hisser ou à virer".

Les chants à virer

 

Il y a beaucoup de beaux shanties à virer au cabestan qui était une manœuvre longue et épuisante.

Un cabestan est un appareil puissant pour soulever les points d'ancrage ou de déplacer le navire. L'équipage doit s’arquebouter sur les rayons du cabestan (barres d’anspect), pousser et marcher ainsi en rond, parfois pendant plus de 24 heures!

‘’Rendowee’’ and ‘’The iron man’’ sont des shanties bien connus aux Pays-Bas.

Les pompes manuelles étaient principalement utilisées pour évacuer l'eau des cales et tenir ainsi la cargaison au sec…et le navire à flot !

Jour après jour, les matelots de pont étaient soumis à cette manœuvre sur un rythme presque sans fin.

Malheureusement, il n'y a presque pas de chansons hollandaises à pomper.

«Leave her, Johnny, leaver her" est un chant à pomper anglais bien connu.

Les chants à hisser

 

Un navire à trois ou quatre mâts est équipé de nombreuses voiles de formes et fonctions diverses. Toutes ces voiles de différentes tailles nécessitent chacune une façon particulière de les attacher ou de les dérouler.

Pour cette raison le shantyman doit utiliser des manières différentes de chanter. Pour les voiles légères (cacatois par exemple) on utilisait les chants à hisser « à courir » (What shall we do with a drunken sailor est l’un de ces chants).

Certaines voiles comme les voiles d’étai se montaient facilement avec des chants à hisser « main sur main »

Pour les voiles plus lourdes (grand hunier volant par exemple ) on utilisait des chants qui rythmaient des efforts courts et intenses :chants à hisser « à grands coups ».

Le shanty le plus fondamental pour chants à hisser « à grands coups » est en fait un cri à la suite d'une commande ou compte à rebours, comme ho hisse ... et ho!

Les marins faisaient preuve d’imagination pour choisir des mots pour faire varier cette exclamation.

La structure caractéristique de nombreux shanties est la suivante.

Le shantyman chante une ligne en solo, puis l'équipage répond en chœur au refrain, puis à nouveau le shantyman suit avec une ligne pour finir le couplet et enfin l'équipage chante un second refrain.

Cette opération est répétée jusqu'à ce que le travail soit fait.

Il y a aussi des chansons spéciales pour certaines autres activités à bord comme le shanty néerlandais: « Hejo » qui est à l’origine un chant de pêcheur allemand « Heho, hourra frisch nah ". Il était utilisé comme pour remonter les filets à bord. De même pour décharger ou charger les navires on utilisait une chanson spéciale.

Une des chansons néerlandaise la plus remarquable est une chanson de ballast que l'on appelle "Ouest Zuid West Van Ameland". Après déchargement de la cargaison la cale doit être en partie remplie avec du sable à marée basse pour maintenir le navire stable.

Le shanty au 21ème siècle

A la fin des années 1950, Harry Bellafonte ressucité l'intérêt pour les shanties dans le monde entier avec des tubes de premier plan comme "Around the bay of Mexico » et bien sûr "The Banana Boat Song

Mais aussi le livre "The Shanties from The Seven Seas" de Stan Hugill (1961) a été une grande source d'inspiration pour de nombreux groupes folkloriques dans les années 60 et 70.

Au début des années 1980 de nombreux événements maritimes ont été organisés par les grandes villes portuaires dans le monde entier. Des millions de spectateurs sont venus voir les grands voiliers dans leur état d'origine avec leurs équipages qualifié. Cela a stimulé énormément la popularité du shanty.

Les archives originales avec shanties sont presque épuisées, mais heureusement un grand nombre de musiciens-compositeurs-interprètes chanteur composent de nouvelles chansons basées sur les structures historiques des shanties classiques. En conséquence, la tradition du shanty restera vivante, en dépit du fait que la vie des marins a changé pour de bon.

Les shanties aux Pays-Bas aujourd'hui

À l'heure actuelle il y a environ 1200 chorales de shanties et de chants de marins, situées pour la plupart dans le Nord du pays et jusque dans les plus petits villages. En outre, parmi ces chorales on dénombre 30 chœurs de femmes. Enfin, nous devons rendre hommage à Ad van Eijk qui a produit et dirigé pendant plus de 8 ans, son programme spécial international « Trossen Los » sur www.radioridderkerk.nl, le jeudi soir. Beaucoup de chœurs de shanties ont eu l'honneur d'être son hôte et, parfois en « live » et diffusé dans le monde entier!

Un grand merci à toi Ad!

Vous trouverez d’autres sites utiles et intéressants pour obtenir les partitions et les paroles de shanties pour chœurs sur :

www.shantykoren.eu / teksten.html

«La musique Shanty" (jacbr@tiscali.nl) par Jac. Brugman. 1500 partitions de shanties et chants de marins disponibles.